INTERVENTION DU DR. PAYEN
Infectiologue et responsable de l'équipe de soins continus au sein de l'Hôpital Saint-Pierre
Pour compléter cette introduction, qui a déjà dit beaucoup de choses, il me semblait utile d'exprimer ce qui amenait les professionnels de la santé sur la route de l'éthique, qui au départ était une discipline plutôt réservée aux théologiens et aux philosophes. Si l'on accepte la définition simple de l'éthique comme un questionnement sur le sens de l'action et les valeurs qui la sous-tendent, il est évident qu'en milieu médical, nous sommes sans cesse occupés à nous poser des décisions, des incertitudes, des conflits de valeur auxquels les malades nous confrontent dans notre pratique. On se rend compte que dès lors que nous travaillons avec des personnes atteintes de maladies graves aux extrêmes de la vie, ces questions sont là tous les jours.
Les progrès de la médecine qui ont été réalisés pendant la deuxième moitié du 20e siècle ont bien sûr permis de modifier le cours de la vie depuis la naissance jusqu'à la mort, mais ces techniques ont aussi généré des situations qui posent beaucoup de questions sur le sens de certaines conditions de vie. J'entendais tout à l'heure Mr Snaecken qui parlait des états neurovégétatifs, qui sont quelque part les conséquences de la médecine moderne et qui nous posent beaucoup de questions; les personnes dépendantes de machines qui les tiennent en vie, la survie de personnes avec des handicaps extrêmes…
Je pense que l'abondance des questions éthiques dans les soins de santé ne résulte pas d'un déficit de valeurs, comme on l'entend parfois dire, mais plutôt de la confrontation inévitable de valeurs antagonistes aux confins de la vie ; et que, pour tous les patients qui sont soucieux de la finalité des soins qu'ils prodiguent jour après jour, ce questionnement est inévitable. Il va être source d'incertitude quotidienne sur le terrain et on sait que les incertitudes ne sont pas faciles à vivre d'autant moins qu'il n'y a pas de place pour les exprimer. Dans cette mesure, il est très important que les soignants du terrain aient la possibilité de pouvoir développer cette réflexion éthique. Au-delà des grands principes théoriques de la bioéthique, de l'éthique bio médicale il y a ce que l'on peut appeler l'intuition éthique des soignants.
J'avais relevé une phrase de Laurent Ravet qui est éthicien à l'Université Notre-Dame de Namur. Il dit ceci : "L'éthique est faite du quotidien des petites choses du soin. C'est là son point d'ancrage et c'est à partir de là que pourra éventuellement émerger un questionnement plus large."
On nous parlera tout à l'heure des comités d'éthiques qui sont, bien sûr, très importants dans les hôpitaux et qui vont pouvoir donner un certain cadre méthodologique pour la réflexion. Mais au-delà de cela, il y a, sur le terrain au niveau de la clinique, des groupes de réflexion éthique dans les institutions, voire dans certains services (plus particulièrement, où l'on s'occupe de patients avec des pathologies très lourdes).
Le développement de la culture des soins palliatifs n'est pas étranger à ce mouvement.
Il est très important que ces groupes soient animés par un tiers et Mr. Martens nous en parlera. Un tiers qui est médiateur et qui va aider à faire circuler la parole, mais qui va aussi donner un cadre à cette parole.
Ce ne sont pas des solutions magiques, mais la réflexion éthique est certainement indispensable pour permettre aux soignants d'intégrer, d'accepter l'incertitude de tout ce qui tourne autour de la vie et de la fin de vie comme un paramètre incontournable dès lors que l'on veut offrir une approche globale aux patients.
Tous les orateurs invités à ce symposium vont développer toutes ces notions et vont nous aider à cerner les moyens à mettre en oeuvre pour que cette équipe clinique puisse réellement trouver sa place dans les milieux de soins.
Le Prof. Axel Kahn est docteur en médecine et docteur en Sciences (Directeur de la recherche à l'INSERM). Il dirige l'Institut Cochin. Ses travaux scientifiques portent sur la génétique, la thérapie génique et le cancer.
Il a été Président de la Commission du génie bio-moléculaire de 1987 à 1997. Rédacteur en Chef de la revue Médecine Science de 1986 à 1998, il est également membre du Comité Consultatif National d'Ethique depuis 1992. De 2000 à 2002, il a présidé, à Bruxelles, le Groupe des Experts de haut niveau en science de la vie auprès du commissaire de la recherche de la commission européenne. En dehors de ces travaux scientifiques, Axel Kahn intervient fréquemment sur des sujets touchant aux aspects moraux et sociaux de la médecine, de la génétique et des bio-technologies.
Il a écrit plusieurs ouvrages, en particulier : Société et révolution biologique pour une éthique de la responsabilité, La médecine du XXIe siècle : des gènes et des hommes, Copies conformes, le clonage en question.
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