|
REVUE HOSPITALS.BE
LA PROFESSION INFIRMIÈRE DEMAIN: UN DÉFI POUR LES MANAGERS HOSPITALIERS
PAR
CÉCILE FONTAINE
Association Iris (Bruxelles)
RITA LAGAE
UZ Leuven
----------
Le problème de la pénurie infirmière est largement posé. L'attrait intrinsèque de la profession est aujourd'hui contrarié par une image dévalorisée de l'infirmière, par une charge de travail excessive, des horaires inconfortables ou une rémunération jugée insuffisante.
Le gouvernement s'efforce de prendre des mesures de correction par diverses campagnes et actions, avec pour objectif d'améliorer les conditions d'exercice professionnel. L'évaluation des résultats obtenus doit bien entendu être nuancée, et un suivi s'impose.
Le négativisme qui règne actuellement parmi les représentants de la profession semble toutefois excessif: de nombreuses expériences positives au sein de la profession permettent d'ouvrir d'autres pistes, d'attirer l'attention sur l'importance du management hospitalier et d'encourager à plus d'enthousiasme.
La crise a un aspect positif: elle nous oblige à nous ressaisir, à nous réorienter, à rechercher de nouveaux concepts infirmiers et à réorienter les priorités, qu'elles soient d'ordre structurel et organisationnel ou en rapport avec le contenu de la profession.
Cette remise en question n'a de sens et de chance d'aboutir à des résultats concrets que si on l'intègre dans le contexte général des soins de santé et dans des structures hospitalières remaniées.
Cette réflexion a donné lieu à un colloque organisé par l'Association Belge des Hôpitaux le 15 mai 2002 au Palais des Congrès à Bruxelles.
Il est important de poser le diagnostic relatif à la profession infirmière et aux infirmiers de la manière la plus neutre et objective possible. Dans cette optique, des études scientifiques ont été entreprises tant en Flandre qu'en Wallonie. Des informations importantes sont ou seront ainsi disponibles pour les directions hospitalières, et elles susciteront une réflexion sur le type d'activités et d'orientations à développer à l'avenir.
Des chiffres relatifs au flux d'étudiants dans les écoles d'infirmières au cours de la dernière décennie existent à suffisance dans différents pays. Lorsqu'on les compare, ils démontrent que la baisse pressentie existe bien, mais quelle ne se présente pas partout de la même façon, ni à la même vitesse. C'est un premier constat.
"Quelle est l'origine de cette tendance à la baisse?" Et une des questions critiques qui en découlent est: "Quelle image l'infirmière a-t-elle d'elle-même?" Cette interrogation n'est pas anodine: elle oriente l'image externe de la profession et son statut social. Une image de soi positive et rayonnante est d'une importance capitale pour l'avenir de la profession.
Ce questionnement n'est pas spécifique à la Belgique, il est international. Raison pour laquelle la majorité des pays d'Europe occidentale et les structures de prestations de soins effectuent des études simultanément sur ce sujet.
Que peut-on réaliser de plus afin de donner de nouvelles impulsions à la profession? Un des stimulants envisageable est sans aucun doute l'aménagement d'un forum international et d'une association internationale reconnue en Europe.
Lors du colloque de mai 2002, l'activité du Comité Permanent des Infirmières de l'UE (PCN) a été abordée. Ce Comité, créé en 1971, représente 760.000 infirmiers européens émanant des 15 états membres et de membres associés. Sa mission est de démontrer le rôle essentiel de l'infirmière dans les soins de santé, aux niveaux préventif et curatif, de favoriser la collaboration entre les infirmières au-delà des frontières, la libre circulation des professionnels grâce à une reconnaissance mutuelle des qualifications et des diplômes, ainsi que l'harmonisation de la qualité des soins dispensés aux bénéficiaires. Le Comité exerce son influence au sein de la Communauté Européenne et fait des recommandations, notamment en matière de recrutement.
Un angle d'approche complémentaire est l'aménagement d'un environnement de travail flexible et de conditions de travail optimales. "Prendre soin des dispensateurs de soins" De nombreuses institutions se sont engagées dans cette voie et gèrent leurs effectifs de manière créative. Les infirmiers se sentent davantage valorisés. Ils sont impliqués dans les projets, lors de l'instauration de nouveaux programmes cliniques, dans les concertations multidisciplinaires… Davantage de responsabilités vis-à-vis des patients et d'autonomie professionnelle leurs sont conférées. Différentes formes d'interruption de carrière pendant une plus longue période sont accessibles, et une plus grande attention est accordée aux (changements de) situations familiales.
Le plus grand défi, même à court et à moyen terme, reste de déterminer ce qui relève de la responsabilité et des activités de l'infirmier. Le concept d'une profession-carrière rectiligne est obsolète dans le contexte actuel. Le management hospitalier devra faire des choix à propos de la différenciation des fonctions. Les infirmières "cliniciennes", les "masters" en soins infirmiers, doivent pouvoir accéder à de plus hautes responsabilités que les diplômés (brevetés) ou le personnel soignant. Les tâches qui ne relèvent pas des soins doivent être déléguées à du personnel moins qualifié.
En raison de la complexité croissante des problèmes de santé et du développement de la médecine, un besoin croissant d'infirmiers de haut niveau se fait sentir: infirmiers spécialisés, infirmiers praticiens, infirmiers actifs dans la recherche.
Les infirmiers en chef ne remplissent plus exclusivement une mission de "régulateur": ils ont aussi un rôle crucial de coach, de leader, de facilitateur et de référent. De là, la nécessité de développer une "assertivité" suffisante au sein de ce groupe-clé.
Les organisations professionnelles et le gouvernement devront continuer à assumer leurs responsabilités. Le gouvernement doit être le porte-parole de la société, et déterminer quels moyens sont mis à disposition pour rencontrer ses besoins. Les organisations professionnelles devraient inspirer une vision professionnelle transcendante et être capables de porter les intérêts professionnels. Les managers hospitaliers ont à interférer auprès de ces deux instances de manière critique et à les maintenir actifs.
Enfin, l'estime de soi du personnel infirmier est capitale. Les managers hospitaliers ont un rôle déterminant à jouer à ce niveau, car ils ont la capacité d'améliorer ou d'altérer cette estime de soi des infirmiers. Ils ont donc l'opportunité de soutenir les infirmiers en tant que partenaires de valeur dans la dispensation des soins de santé.
C'est là que se trouve la clé du développement d'hôpitaux "magnétiques" et de la construction d'une image professionnelle positive des infirmiers.
L'augmentation du nombre d'étudiants en première année d'étude d'infirmier en ce début d'année académique est en soi déjà un signal très positif.
REVUE HOSPITALS.BE [2001/4/No247]
|