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REVUE HOSPITALS.BE
RENFORCER L'ATTRAIT DE LA PROFESSION
QUE PROPOSENT LES INFIRMIERS?
PAR ANNICK VERBEIREN
Directrice des Soins Infirmiers, CHU Ambroise Paré (Mons)
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Dans de nombreux pays, on observe que les jeunes s'orientent moins volontiers vers la profession infirmière. Beaucoup de diplômés récents quittent les emplois infirmiers, particulièrement les emplois hospitaliers.
Cette pénurie fait l'objet d'enquêtes statistiques, d'études, de débats, de campagnes de presse, de manifestations… Mais objectivée ou non, l'opinion des infirmiers de terrain à propos de cette pénurie est trop rarement sollicitée.
En participant aux discussions préparatoires au colloque de l'ABH-BVZ de mai 2002 m'est venue l'idée de "prendre le pouls des infirmiers" qui travaillent au chevet du patient et d'analyser ce qu'ils proposent pour accroître l'attrait de leur profession.
CADRE DE L'ENQUÊTE
L'enquête a été menée en avril 2002 au Centre Hospitalier Universitaire Ambroise Paré, hôpital général public montois de plus de 300 lits. L'effectif des unités comporte quelque 265 infirmiers et 85 soignants.
Des mesures sont d'application depuis plusieurs années dans l'hôpital pour tenter de lutter contre la pénibilité du travail infirmier: l'écartement prophylactique en cas de grossesse est systématique, l'octroi des congés de pause carrière et du congé parental est assez aisé et fait l'objet de remplacements. À partir de 45 ans, les infirmiers bénéficient de mesures de réduction du temps de travail, et une crèche est accessible aux enfants du personnel. Des équipes sont prévues pour renforcer les effectifs en cas d'absence pour maladie ou pour formation, ou encore pour pallier un accroissement de la charge de travail: l'équipe mobile (Arrêté Royal du 15 février 1999) et l'équipe volante d'aides sanitaires de nuit.
La politique d'accompagnement des nouveaux infirmiers est particulièrement développée. La formation permanente est ciblée sur les besoins du terrain. Le service de formation propose une formation à la gestion du stress et à la manutention. Le problème de la charge de travail physique fait l'objet d'une étude concertée du comité de prévention, de la médecine du travail et des responsables infirmiers. L'équipement des unités de soins en appareils de levage et en lits à hauteur variable est en cours. Les aspects administratifs et logistiques du travail dans les unités de soins sont pris en charge par des personnes spécifiques (aides administratives et logistiques). Une équipe de sécurité surveille le parking du personnel et les accès de l'institution, ce qui renforce la sécurité des travailleurs.
MÉTHODE
Deux cent trente trois questionnaires écrits ont été distribués au personnel infirmier de l'hôpital. Leur contenu consistait en une série de propositions inspirées des revendications des associations professionnelles, des discussions de groupes de directeurs infirmiers ou de cadres infirmiers, ainsi que des décisions politiques. Parmi les douze propositions du questionnaire, les infirmiers étaient invités à en sélectionner cinq qui leur paraissaient de nature à accroître l'attrait de leur profession.
Les propositions portaient sur plusieurs thèmes. Les deux premières propositions visaient la formation unique (1), soit le maintien d'un seul titre d'infirmière, le graduat et une formation de haut niveau (2), par exemple de type universitaire. Une proposition concernait la compensation de la pénibilité du travail infirmier par une revalorisation salariale (3). Trois propositions visaient l'amélioration des conditions de travail, soit:
- l'augmentation des effectifs (4) en personnel infirmier,
- la redistribution des tâches (5) en fonction des qualifications avec prise en charge des aspects logistiques et administratifs par du personnel spécifique,
- et l'application de mesures telles que la formation à la manutention ou à la gestion du stress et l'utilisation de matériel visant à réduire la lourdeur physique du travail infirmier (6).
Trois autres propositions tentaient de rencontrer les préoccupations privées:
- permettre le départ partiel ou total de la profession, de façon temporaire (7),
- développer les mesures d'aménagement de la fin de carrière (8) et d'aménagement des horaires à partir d'un certain âge,
- et développer les services de garderie d'enfants et de crèches (9) au sein de l'institution.
Venait ensuite une proposition concernant la reconnaissance sociale avec la création d'un ordre infirmier (10) défendant la profession infirmière. La revalorisation salariale peut d'ailleurs être rattachée à ce thème. Enfin, la reconnaissance institutionnelle avec un octroi légal de l'autonomie du département infirmier (11) qui permette un réel partenariat avec tous les acteurs hospitaliers et principalement avec les médecins. En dernier lieu, une campagne publicitaire qui, à l'inverse de ce qui a été réalisé jusqu'à présent, soit réellement valorisante pour la profession (12), c'est-à-dire une campagne présentant la diversité de la profession (intra ou extra hospitalière, soins aux adultes ou soins aux enfants, enseignement, recherche, prévention, éducation à la santé,…) et la possibilité de répondre aux aspirations diverses de chacun des infirmiers: la profession peut s'exercer d'une manière plus relationnelle, plus technique, voire plus administrative…
RÉSULTATS
Le taux de réponse au questionnaire a été de 87 %: 204 questionnaires ont été complétés et 199 traités.
Voici les cinq premières propositions retenues:
- 93 % des infirmiers interrogés citent la revalorisation salariale et estiment donc qu'il s'agit d'un des éléments les plus importants pour renforcer l'attrait de la profession,
- 75 % des infirmiers citent le développement de mesures d'aménagement de la fin de carrière comme la réduction du temps de travail et l'aménagement des horaires,
- 55 % des infirmiers citent le renfort des effectifs,
- 52 % citent l'amélioration des conditions physiques de travail, soit les appareils de levage, les lits à hauteur variable,
- et 48 % des infirmiers choisissent la délégation des tâches administratives et logistiques aux aides logistiques et administratives.
Viennent ensuite:
- le développement de crèches et de garderies d'enfants, critère retenu par 43% des infirmiers,
- l'octroi aisé des congés de type pause carrière, parental… sélectionné par 39% des infirmiers,
- la création d'un ordre infirmier chargé de promouvoir et de défendre la profession est citée par 36% des personnes interrogées,
- alors que ne maintenir qu'une seule formation infirmière de haut niveau est cité par 32% des infirmiers,
- enfin, la reconnaissance légale de l'autonomie du département infirmier assurant une meilleure représentation infirmière dans l'institution et un réel partenariat n'est choisie que par 22% des infirmiers.
Les campagnes publicitaires qui vantent le caractère diversifié, passionnant, humain et scientifique de la profession, ainsi que la formation infirmière de niveau universitaire n'ont pas été sélectionnés dans les questionnaires reçus.
CONCLUSION
Comme l'indique le taux de réponse élevé, notre enquête a obtenu un franc succès. Les infirmiers sont concernés par l'attractivité de leur profession. Ils expriment à travers leur participation à l'enquête ce qu'ils estiment être important pour rendre plus attrayante une profession quelque peu boudée.
On repère trois groupes de propositions choisis par les infirmiers pour accroître l'attrait de leur profession. La proposition prioritaire vise la revalorisation salariale et par là une meilleure reconnaissance sociale. Le groupe suivant concerne l'amélioration des conditions de travail en général: plus de collègues, une charge physique et une charge mentale allégées. Enfin, les infirmiers aspirent à ce que soient rencontrées leurs préoccupations familiales et privées, liées généralement à la vie de famille (congé prophylactique de la grossesse, congé parental, pause carrière, les crèches et garderies et enfin l'aménagement de la fin de carrière).
Les propositions relatives à la promotion et la défense de la profession infirmière, la formation infirmière, la création d'une filière unique de haut niveau, l'autonomie légale du département infirmier et la reconnaissance institutionnelle sont moins souvent citées par les professionnels de terrain: elles semblent retenir davantage l'attention des cadres…
REVUE HOSPITALS.BE [2001/4/No247]
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